À Stockholm, à la rencontre de notre monde

Jusqu’au 3 décembre, le musée de la photographie de Stockholm expose The Autumn Salon, le salon d’automne, qui nous propose, entre autres, à travers le regard de photographes suédois d’aller à la rencontre de problématiques contemporaines cruciales : travail des enfants, révoltes sociales, changement climatique, mouvement migratoire etc.

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Torun Bortz a fixé son objectif sur un canapé qui voit défiler des demandeurs d’asile dans un centre. Leur attente est interminable. Ils sont dans l’expectative de décisions administratives, bien sûr, mais leur quotidien est aussi ponctué de « petites attentes », telle celle du petit-déjeuner ou d’autres moments qui s’étirent à l’infini. Ils attendent, en définitive, dans l’ennui que le jour passe… et qu’il les rapproche du jour où leur situation s’améliorera.

Des images petit format de Mattias Kall sont également éloquentes. Le photographe a pris en photo toute la nourriture jetée par son foyer au cours de l’année 2016. How much food do I throw away? And why? Le résultat : 332 images de restes alimentaires. Ces clichés de pâtes, fruits, légumes, viandes… révèlent l’ampleur du gâchis auquel nous participons. Il a prolongé cette réflexion sur Instagram en baptisant sa série sosadtoseeyougo : si triste de te voir partir.

Erik Nylander, s’est, quant à lui, embarqué pour la Mongolie où il a immortalisé une jeune fille Kazakh de 15 ans, Aisholpan, qui a battu tous les participants hommes lors du plus grand concours mondial de chasse à l’aigle.

Freja Andersson photographie, elle, des affrontements entre police et manifestants à Istanbul ; Eva Terez Golin, des corps brouillés tenant dans leurs mains pressées leur cup to go, leur café à emporter attrapé à la hâte entre domicile et travail. Ses visages floutés, méconnaissables et anonymes, pourraient être ceux des visiteurs de cette exposition. La photographe renvoie ainsi les spectateurs à un anonymat empreint d’impatience et d’agitation.

La vie quotidienne est aussi faite de lieux et Kevin Boutell a pris en photo les tunnels du métro Stockholmois, véritables œuvres d’art, qui voient passer des milliers d’individus par jour. Daniel Milton est allé à la rencontre de jeunes de la culture Raggare, subculture rebelle, principalement suédoise, inspirée des Etats-Unis et adepte du rock and roll et de voitures. Frederik Lerneryd nous emmène, quant à lui, à la rencontre d’une classe de danseuses classiques pleine de rêves et d’espoir à Kibera au Kenya.

Trois artistes de 25, 27 et 29 ans emmènent les visiteurs à la rencontre de réfugiés dans la Corne de l’Afrique. Ils rappellent que 850.000 femmes, hommes et enfants ont fui les conflits du Sud Soudan pour se réfugier en Ouganda et précisent qu’il y a 65,3 millions de déplacés dans le monde. Un mini documentaire bouleversant nous introduit Lia Grace Simon, une femme qui a fui le Sud Soudan pour un camp de réfugiés en Ouganda avec ses enfants. Elle raconte sa vie passée et la vie qu’elle tente de reconstruire. Elle cherche du travail puis obtient un entretien. Il est alors permis d’observer sa joie. Le documentaire laisse la part belle à ses émotions. Lia Grace Simon vit dans la peur d’être arrêtée et tuée par son gouvernement.  Cette femme a perdu son mari, disparu depuis plusieurs années et ne sait s’il est toujours vivant. Elle déplore d’être aujourd’hui devenue tributaire de l’aide humanitaire, elle qui raconte n’avoir jamais dépendu de son mari. Son histoire est déchirante et les visiteurs restent rivés aux paroles de cette femme comme aux visages des 12 autres réfugiés, femmes, enfants et hommes, qui transparaissent dans les vidéos et les photographies présentées.

« Tous les jours vous entendez parler de la crise des réfugiés. Mais n’oubliez-vous pas que ce sont de vrais gens dont il est question? Des personnes avec des espoirs et des rêves comme vous et moi. Cette exposition a pour but d’être plus proche de certains d’entre eux… Et vous amener à les connaître vous aussi. » nous expliquent ces trois jeunes photographes.

Le Fotografiska présente également les magnifiques paysages en bleu et vert de Tobbias Hagg qui constituent une étape apaisante après ces moments riches en émotions. Puis les spectateurs repartent à la rencontre d’enfants mozambiquiens. La tristesse qui se donne à lire dans leurs regards rappellent les enfants immortalisés par Sebastian Sardi et vus un peu plus tôt dans ce parcours automnal. Ces derniers travaillent dans les mines indiennes et se meuvent dans un paysage apocalyptique fait de diamants qui ne brillent pour l’instant que par la désolation. Le musée stockholmois accueille une exposition magnifique qui donne la part belle à de jeunes photographes qui abordent des thématiques engagées et nous offrent un miroir réaliste et douloureux du monde contemporain.

Fella Adimi

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“I am not your negro”,  une histoire des Noirs aux États-Unis

Ce documentaire exceptionnel s’appuie sur les 30 premières pages du livre inachevé Remember my house (La Conversion) de l’écrivain américain James Baldwin (1924-1987). Le réalisateur Raoul Peck lui rend un magnifique hommage tout en retraçant l’histoire contemporaine des Noirs américains, notamment à travers la référence à trois personnages qui ont marqué James Baldwin et ont, tous trois, été assassinés : Martin Luther King, Malcom X et Medgar Evers. Ces hommes sont omniprésents ici mais s’effacent aussi devant la question centrale, celle de la condition Noire aux États-Unis. Le film invite à percevoir de manière sensible comment chacune de leur mort foudroie l’auteur et lui rappelle la nécessité et la difficulté des combats à mener.

Très esthétique, il traite en peu de temps (1h34) de nombreux sujets qui dépassent ces histoires de vie pour questionner l’humain, ses responsabilités, son rôle dans la société, l’incidence de ses silences. C’est une vive charge contre l’Amérique blanche qui apparaît, au fil du documentaire, enfermée dans des mécanismes de déni et contre une société de consommation encline à la violence et aux discriminations.

Les séquences du documentaire s’organisent aussi autour de références plus récentes : la répression des manifestations de 1991 à Los Angeles ; celles qui ponctueront l’année 2014 à Ferguson, suite au meurtre de Michaël Brown par un policier ; le jeune mouvement des Black Lives Matter, enfin. Ces séquences interpellent le spectateur, l’enferment presque dans un sentiment d’immobilité. On en est donc toujours là ? Les photographies de Trayvon Martin, le jeune à capuche et aux poches pleines de bonbons, tué en 2012, en Floride, par un veilleur de quartier et de Tamir Rice, 12 ans, tué, en 2014,  par un officier de police à Cleveland accentuent ce sentiment.

Le réalisateur haïtien rappelle, en parallèle, les épisodes les moins glorieux des États-Unis : la ségrégation dans les bus ou dans les écoles, les pancartes de haine, les croix gammées. Certains plans montrent des parents qui manifestent pour que des enfants noirs ne soient pas dans les mêmes établissements que leurs enfants (blancs). Une femme explique, face caméra, que Dieu pardonnerait le meurtre et l’adultère mais pas ce mélange.

James Baldwin n’a pas vu ce pays, qui lui a tant fait de mal, élire un président noir américain. Mais cette élection a-t-elle amélioré le sort des Noirs américains? Le documentaire semble répondre par la négative, sans jamais tomber dans le larmoiement. Il relate des faits tout en transmettant un peu de cette amertume propre à James Baldwin.

La réalisation de Raoul Peck est fine et pertinente. Le film se saisit du texte de Baldwin comme de mémos du FBI, de films de l’âge d’or hollywoodien, d’images d’archives de Muhammad Ali, de Sydney Poitier ou encore de Harry Belafonte pour interroger un sujet plus que jamais d’actualité.

Fella Adimi

 

60 ans après, le mystère demeure entier sur la disparition de Maurice Audin

Le 11 juin 1957 disparaissait Maurice Audin, mathématicien de 25 ans, arrêté à Alger par les parachutistes de l’armée française pendant la Guerre d’Algérie (1954-1962). Le corps de celui qui laissera son nom à une des places principales d’Alger n’a jamais été retrouvé et les circonstances de sa mort restent inconnues. 

Les autorités françaises avaient alors déclaré que le jeune homme s’était évadé lors de son transfert, version qui n’a jamais été sérieusement considérée ni par sa famille ni par les historiens. Depuis 60 ans, sa veuve, Josette Audin, se bat pour savoir ce qu’il est arrivé à son époux.  En juin 2014, François Hollande a reconnu que le mathématicien ne s’était pas enfui et qu’il était bien mort en détention.

Le 27 mai dernier, des historiens, parmi lesquels Benjamin Stora et Raphaëlle Branche, ont signé une tribune dans Mediapart demandant à Emmanuel Macron la vérité sur la mort de Maurice Audin : « Le mensonge d’État ainsi reconnu par le président de la République est le plus long de notre histoire contemporaine. Dans le cas de l’affaire Dreyfus, le mensonge d’Etat a duré douze ans. Dans le cas de l’affaire Audin, il a duré cinquante-sept ans, jusqu’à cette reconnaissance. Mais cette reconnaissance d’un mensonge n’a pas encore fait place à l’aveu de la vérité» écrivent-ils.

Plusieurs versions ont été proposées à ceux qui ont suivi cette histoire ; en 1958, l’historien Pierre Vidal-Naquet consacrait un ouvrage sur le sujet et affirmait que le mathématicien avait été étranglé par le lieutenant parachutiste André Charbonnier. En 2012, la journaliste Nathalie Funès citait un témoignage qui disculpait Charbonnier et accusait un autre parachutiste. En 2014 enfin, l’historien Jean-Charles Deniau reportait le témoignage du général Aussaresses, ce dernier ayant affirmé que l’ordre de tuer Maurice Audin avait été donné par le général Massu.

L’histoire du mathématicien est liée à celle d’Henri Alleg, journaliste, mort en 2013, auteur de La Question, célèbre ouvrage sur la torture pendant la Guerre d’Algérie. Les deux hommes étaient amis, Henri Alleg a été arrêté le 12 juin 1957 alors qu’il se rendait chez Maurice Audin. Il le croisera en prison et sera, à l’exception des militaires, le dernier à le voir vivant le 19 juin. C’est le scandale de la disparition de Maurice Audin qui sauvera probablement le journaliste.

Les deux amis étaient de fervents défenseurs de l’indépendance de l’Algérie. Ils étaient aussi membres du Parti communiste algérien, organisation clandestine depuis son interdiction en 1955.  C’est l’appartenance au PC, alors populaire dans l’opinion française, qui allait contribuer à médiatiser l’affaire Audin.

« De fait, je prendrai des actes forts sur cette période de notre histoire… » a déclaré, le 5 mai dernier, Emmanuel Macron qui parlait de la guerre d’Algérie; les historiens sont dans l’attente des documents qui permettront de mettre enfin en lumière la vérité sur la mort de Maurice Audin.

Fella Adimi

Meurtres à Sandhamn, polar en lumières

Ce soir Arte diffuse la troisième saison inédite en France de Meurtres à Sandhamn, polar scandinave inspiré de l’oeuvre de la romancière suédoise Viveca Sten. Les saisons 4 et 5 seront diffusées sur la chaîne franco-allemande les 8 et 15 septembre.

sandhammLes enquêtes de l’inspecteur Andreasson qui bénéficie de l’aide de Nora, une ancienne amie juriste contente de fuir un peu son couple, ont lieu à Sandhamn, une des 20.000 îles de l’archipel de Stockholm. Qui depuis la diffusion de la série attire les touristes. Elle compte 100 résidents et passe à 3000 en juillet et aôut, les seuls mois épargnés par le grand froid.

Après avoir enquêté sur le cadavre d’un homme retrouvé en pleine mer et celui d’un avocat membre d’un club de yacht, c’est le corps d’une jeune fille de 18 ans qui est retrouvée lors de cette saison 3. Les intrigues qui se sont déroulées jusque-là (saison 1 et 2) en été mettent en valeur cette sublime île. Les lumières y sont magnifiques, le ciel, les maisons en bois, les paysages en font un paradis que les spectateurs seront ravis de retrouver. Et si le cadre lumineux et apaisant qui règne au fil des épisodes fait le charme de cette mini-série composée de 3 épisodes par saison, les intrigues bien structurées n’en sont pas moins graves.

Fella Adimi

 

 

Le calvaire des réfugiés se poursuit à Paris

Des centaines de migrants sont éparpillés sur l’avenue de Flandres et la place Stalingrad dans le 19è à Paris. A des milliers de kilomètres de chez eux leur souffrance se poursuit. Des femmes, hommes et enfants ont fui des pays en guerre comme le Soudan et se trouvent dans le dénuement le plus total dans la capitale parisienne. Les plus chanceux dorment sous des tentes ou sur des matelas, les autres sur des cartons ou à même le sol. Le soleil tape. Ils demandent « water ». Ils ont soif.

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En début d’après midi, plusieurs dizaines d’entre eux et leurs soutiens se sont retrouvés encerclés par les policiers, ces derniers empêchant l’entrée ou la sortie de quiconque. Voilà plusieurs jours que les réfugiés subissent les pressions policières. Ils sont exténués. Des riveraines sont scandalisées par ces méthodes. Une des femmes regrette que le gouvernement n’investisse pas le salaire des forces de l’ordre présentes dans le relogement de ces familles.

La plupart des réfugiés qui se trouvent ici viennent du Soudan, d’Ethiopie et d’Afghanistan. Ils ne parlent pas français mais arabe ou anglais. Certains n’ont pas 20 ans, d’autres ont la trentaine, la quarantaine. A quelques pas de la sortie du métro Stalingrad une femme est assise entourée de son bébé, elle accepte gentiment du tiep (riz sénégalais) qu’elle partage avec d’autres réfugiés.

Un peu plus loin sur la place Stalingrad, quelques tentes sont installées, une jeune réfugiée en demande d’autres et des couvertures car dit elle « nous avons froid la nuit ». Elle désigne un jeune garçon débraillé et explique qu’il n’a pas de vêtements. Une jeune femme solidaire des réfugiés leur distribue de l’eau, des chips et des gâteaux,  elle promet de revenir la semaine prochaine avec des vêtements. Ils la remercie de sourires chaleureux et de « Que Dieu te bénisse ». Sous la chaleur d’aôut certains ne quittent pas leurs doudounes qui serviront la nuit venue. Un morceau d’ailleurs en plein Paris où règnent l’injustice, la misère et le désespoir…

Fella Adimi

 

 

 

 

 

 

 

 

Muhammad Ali, une légende s’éteint

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Depuis plus de 24 heures, les journaux américains relayaient l’information selon laquelle celui qu’on surnommait The Greatest était hospitalisé pour des problèmes respiratoires, on apprenait rapidement le vendredi que le champion de boxe vivait ses dernières heures et que sa famille était appelée à son chevet, il est père de 9 enfants et une de ses filles, Laila, est boxeuse.

Vedette planétaire, il était connu dans le monde entier, même de ceux qui n’avaient jamais vu ses combats. Souffrant de la maladie de Parkinson depuis 30 ans, il apparaissait affaibli et cette image contrastait tellement avec celles sur le ring.  Au JO d’Atlanta en 1996, la planète est émue devant l’image de Muhammad Ali tremblant en allumant la flamme olympique.

Il est né Cassius Clay, en 1942 dans le Kentucky où sévit la ségrégation raciste.  C’est pour se venger d’un enfant qui lui a volé son vélo qu’il apprendra la boxe. Quelques années plus tard, à Rome, à 18 ans voilà le petit-fils d’esclave propulsé champion olympique poids lourd. Il déclarera avoir jeter cette médaille dans la rivière Ohio après qu’on ait refusé de le servir dans un restaurant reservé aux Blancs. Pure légende, Muhammad Ali l’avait simplement perdue…

Le 26 février 1964, au lendemain d’un match qui l’oppose à Sonny Liston, qui fera de lui un champion du monde, il déclare devenir Cassius X, en référence à Malcom X, et proche des Nation of Islam. Converti à l’islam, il optera pour Muhammad Ali. En 1967, il refuse de partir combattre dans les rangs de l’armée américaine au Vietnam pour des questions religieuses. Il expliquera : « Je n’ai rien contre les Vietcongs. Aucun Vietcong ne m’a traité de nègre… ». Il est condamné à 5 ans de prison et fait appel. Il sera libre mais ne pourra pas combattre jusqu’en 1971.

Cette année-là a lieu l’un des ses plus célèbres matchs : « le combat du siècle » au Madison Square Garden à New York, contre Joe Frazier. C’est la première défaite de sa carrière. Il se montrera insupportable à l’égard de son adversaire à qui il brandira un singe en plastique, il s’en excusera par la suite. Sur le ring, il prendra sa revanche sur Frazier en 1975 à Manille. Une année plus tôt, à Kinshasa, un autre grand combat, « The rumble in he jungle » (le combat dans la jungle), l’opposera  au champion du monde en titre, George Foreman. Muhammad Ali récupère son titre.

Il continuera de jouer jusqu’au début des années 1980 malgré les premiers signes de Parkison pour des raisons financières, The Greatest a mal géré sa fortune. Narcissique, il déclarait sans gêne : « It’s hard to be humble when you are as greater as I am » (C’est dur d’être humble quand on est aussi bon), « Je vole comme un papillon, je pique comme une abeille, je suis le plus grand ». Muhammad Ali, convaincu que « les gens humbles ne vont jamais très loin », était un provocateur. En 1984, à la sortie d’examens lui apprenant qu’il souffre bien de Parkinson, il déclarera : «C’est un jugement de Dieu. Il m’a donné cette maladie pour me rappeler que je ne suis pas le numéro 1. C’est lui».

Celui qui n’a pas toujours été adulé aux Etats-Unis est devenu une figure politique et contestaire, représentant des Noirs américains, qui ira faire des discours sur le racisme et le pacifisme dans des universités. A la fin de l’année 1990, à la veille de la guerre du Golfe, il rencontre Saddam Hussein et fait libérer 15 otages américains. Se baladant dans les rues de Los Angeles, en 1981, il sauve un homme de 21 ans du suicide alors que des policiers et psychologues n’étaient pas parvenus à le convaincre. «Sauver une vie est plus important pour moi que n’importe quelle ceinture» expliquera-t-il. Personnage haut en couleurs, il aura eu plusieurs vies, combattant hors normes, il aura resisté bien plus longtemps que ce que les neurologues lui avaient prédit.

Fella Adimi

 

 

 

 

 

 

Money Monster, quand la finance et les médias sont pris en otage

Lee Gates (George Clooney) est le présentateur vedette d’une émission sensationnaliste sur le monde de la finance intitulée Money Monster. Il commence son programme en se déhanchant vêtu de chapeaux extravagants avec des danseuses à ses côtés. Il parle de sujets sérieux mais l’habillage de son show en fait une émission de divertissement. Mais pour des milliers de personnes devant leur télévision, cet écran de vérité, il est « conseiller en investissement ».

Certains d’entre eux l’écoutent et se retrouvent impactés par des annonces que le showman n’a peut être pas vraiment étudiées. Mais Lee Gates ne se soucie pas autant des êtres postés devant leur écran noir que de l’audience. Jusqu’à sa rencontre avec Kyle Budwell qui va lui faire porter un gilet d’explosif et le sortir de cet état d’insouciance et d’abrutissement. Lee Gates va faire de l’info-spectacle malgré lui puisque l’homme qui est armé veut rester en direct.

C’est un téléspectateur de Money Monster mécontent qui a investi le plateau. La productrice, Patty (Julia Roberts), qui est démissionnaire, va gérer depuis la régie cette situation explosive. Contraints à la fois par les armes, par un téléspectateur et par une victime, Patty, Lee et certains membres de leur équipe vont faire du journalisme d’investigation.

Voilà le film dans lequel nous embarque Jodie Foster qui signe ici une critique réussie des médias et du monde de la finance. Ce (presque) huis clos se veut aussi une dénonciation du cynisme d’un système implacable avec « les petits » et indulgent avec « les grands » même lorsque ceux-ci s’avèrent être des fraudeurs sournois. Le téléspectateur appréciera l’humour et l’inversion des situations dans Money Monster, divertissement critique et jouissif.

Fella Adimi