“I am not your negro”,  une histoire des Noirs aux États-Unis

Ce documentaire exceptionnel s’appuie sur les 30 premières pages du livre inachevé Remember my house (La Conversion) de l’écrivain américain James Baldwin (1924-1987). Le réalisateur Raoul Peck lui rend un magnifique hommage tout en retraçant l’histoire contemporaine des Noirs américains, notamment à travers la référence à trois personnages qui ont marqué James Baldwin et ont, tous trois, été assassinés : Martin Luther King, Malcom X et Medgar Evers. Ces hommes sont omniprésents ici mais s’effacent aussi devant la question centrale, celle de la condition Noire aux États-Unis. Le film invite à percevoir de manière sensible comment chacune de leur mort foudroie l’auteur et lui rappelle la nécessité et la difficulté des combats à mener.

Très esthétique, il traite en peu de temps (1h34) de nombreux sujets qui dépassent ces histoires de vie pour questionner l’humain, ses responsabilités, son rôle dans la société, l’incidence de ses silences. C’est une vive charge contre l’Amérique blanche qui apparaît, au fil du documentaire, enfermée dans des mécanismes de déni et contre une société de consommation encline à la violence et aux discriminations.

Les séquences du documentaire s’organisent aussi autour de références plus récentes : la répression des manifestations de 1991 à Los Angeles ; celles qui ponctueront l’année 2014 à Ferguson, suite au meurtre de Michaël Brown par un policier ; le jeune mouvement des Black Lives Matter, enfin. Ces séquences interpellent le spectateur, l’enferment presque dans un sentiment d’immobilité. On en est donc toujours là ? Les photographies de Trayvon Martin, le jeune à capuche et aux poches pleines de bonbons, tué en 2012, en Floride, par un veilleur de quartier et de Tamir Rice, 12 ans, tué, en 2014,  par un officier de police à Cleveland accentuent ce sentiment.

Le réalisateur haïtien rappelle, en parallèle, les épisodes les moins glorieux des États-Unis : la ségrégation dans les bus ou dans les écoles, les pancartes de haine, les croix gammées. Certains plans montrent des parents qui manifestent pour que des enfants noirs ne soient pas dans les mêmes établissements que leurs enfants (blancs). Une femme explique, face caméra, que Dieu pardonnerait le meurtre et l’adultère mais pas ce mélange.

James Baldwin n’a pas vu ce pays, qui lui a tant fait de mal, élire un président noir américain. Mais cette élection a-t-elle amélioré le sort des Noirs américains? Le documentaire semble répondre par la négative, sans jamais tomber dans le larmoiement. Il relate des faits tout en transmettant un peu de cette amertume propre à James Baldwin.

La réalisation de Raoul Peck est fine et pertinente. Le film se saisit du texte de Baldwin comme de mémos du FBI, de films de l’âge d’or hollywoodien, d’images d’archives de Muhammad Ali, de Sydney Poitier ou encore de Harry Belafonte pour interroger un sujet plus que jamais d’actualité.

Fella Adimi

 

60 ans après, le mystère demeure entier sur la disparition de Maurice Audin

Le 11 juin 1957 disparaissait Maurice Audin, mathématicien de 25 ans, arrêté à Alger par les parachutistes de l’armée française pendant la Guerre d’Algérie (1954-1962). Le corps de celui qui laissera son nom à une des places principales d’Alger n’a jamais été retrouvé et les circonstances de sa mort restent inconnues. 

Les autorités françaises avaient alors déclaré que le jeune homme s’était évadé lors de son transfert, version qui n’a jamais été sérieusement considérée ni par sa famille ni par les historiens. Depuis 60 ans, sa veuve, Josette Audin, se bat pour savoir ce qu’il est arrivé à son époux.  En juin 2014, François Hollande a reconnu que le mathématicien ne s’était pas enfui et qu’il était bien mort en détention.

Le 27 mai dernier, des historiens, parmi lesquels Benjamin Stora et Raphaëlle Branche, ont signé une tribune dans Mediapart demandant à Emmanuel Macron la vérité sur la mort de Maurice Audin : « Le mensonge d’État ainsi reconnu par le président de la République est le plus long de notre histoire contemporaine. Dans le cas de l’affaire Dreyfus, le mensonge d’Etat a duré douze ans. Dans le cas de l’affaire Audin, il a duré cinquante-sept ans, jusqu’à cette reconnaissance. Mais cette reconnaissance d’un mensonge n’a pas encore fait place à l’aveu de la vérité» écrivent-ils.

Plusieurs versions ont été proposées à ceux qui ont suivi cette histoire ; en 1958, l’historien Pierre Vidal-Naquet consacrait un ouvrage sur le sujet et affirmait que le mathématicien avait été étranglé par le lieutenant parachutiste André Charbonnier. En 2012, la journaliste Nathalie Funès citait un témoignage qui disculpait Charbonnier et accusait un autre parachutiste. En 2014 enfin, l’historien Jean-Charles Deniau reportait le témoignage du général Aussaresses, ce dernier ayant affirmé que l’ordre de tuer Maurice Audin avait été donné par le général Massu.

L’histoire du mathématicien est liée à celle d’Henri Alleg, journaliste, mort en 2013, auteur de La Question, célèbre ouvrage sur la torture pendant la Guerre d’Algérie. Les deux hommes étaient amis, Henri Alleg a été arrêté le 12 juin 1957 alors qu’il se rendait chez Maurice Audin. Il le croisera en prison et sera, à l’exception des militaires, le dernier à le voir vivant le 19 juin. C’est le scandale de la disparition de Maurice Audin qui sauvera probablement le journaliste.

Les deux amis étaient de fervents défenseurs de l’indépendance de l’Algérie. Ils étaient aussi membres du Parti communiste algérien, organisation clandestine depuis son interdiction en 1955.  C’est l’appartenance au PC, alors populaire dans l’opinion française, qui allait contribuer à médiatiser l’affaire Audin.

« De fait, je prendrai des actes forts sur cette période de notre histoire… » a déclaré, le 5 mai dernier, Emmanuel Macron qui parlait de la guerre d’Algérie; les historiens sont dans l’attente des documents qui permettront de mettre enfin en lumière la vérité sur la mort de Maurice Audin.

Fella Adimi

Meurtres à Sandhamn, polar en lumières

Ce soir Arte diffuse la troisième saison inédite en France de Meurtres à Sandhamn, polar scandinave inspiré de l’oeuvre de la romancière suédoise Viveca Sten. Les saisons 4 et 5 seront diffusées sur la chaîne franco-allemande les 8 et 15 septembre.

sandhammLes enquêtes de l’inspecteur Andreasson qui bénéficie de l’aide de Nora, une ancienne amie juriste contente de fuir un peu son couple, ont lieu à Sandhamn, une des 20.000 îles de l’archipel de Stockholm. Qui depuis la diffusion de la série attire les touristes. Elle compte 100 résidents et passe à 3000 en juillet et aôut, les seuls mois épargnés par le grand froid.

Après avoir enquêté sur le cadavre d’un homme retrouvé en pleine mer et celui d’un avocat membre d’un club de yacht, c’est le corps d’une jeune fille de 18 ans qui est retrouvée lors de cette saison 3. Les intrigues qui se sont déroulées jusque-là (saison 1 et 2) en été mettent en valeur cette sublime île. Les lumières y sont magnifiques, le ciel, les maisons en bois, les paysages en font un paradis que les spectateurs seront ravis de retrouver. Et si le cadre lumineux et apaisant qui règne au fil des épisodes fait le charme de cette mini-série composée de 3 épisodes par saison, les intrigues bien structurées n’en sont pas moins graves.

Fella Adimi

 

 

Le calvaire des réfugiés se poursuit à Paris

Des centaines de migrants sont éparpillés sur l’avenue de Flandres et la place Stalingrad dans le 19è à Paris. A des milliers de kilomètres de chez eux leur souffrance se poursuit. Des femmes, hommes et enfants ont fui des pays en guerre comme le Soudan et se trouvent dans le dénuement le plus total dans la capitale parisienne. Les plus chanceux dorment sous des tentes ou sur des matelas, les autres sur des cartons ou à même le sol. Le soleil tape. Ils demandent « water ». Ils ont soif.

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En début d’après midi, plusieurs dizaines d’entre eux et leurs soutiens se sont retrouvés encerclés par les policiers, ces derniers empêchant l’entrée ou la sortie de quiconque. Voilà plusieurs jours que les réfugiés subissent les pressions policières. Ils sont exténués. Des riveraines sont scandalisées par ces méthodes. Une des femmes regrette que le gouvernement n’investisse pas le salaire des forces de l’ordre présentes dans le relogement de ces familles.

La plupart des réfugiés qui se trouvent ici viennent du Soudan, d’Ethiopie et d’Afghanistan. Ils ne parlent pas français mais arabe ou anglais. Certains n’ont pas 20 ans, d’autres ont la trentaine, la quarantaine. A quelques pas de la sortie du métro Stalingrad une femme est assise entourée de son bébé, elle accepte gentiment du tiep (riz sénégalais) qu’elle partage avec d’autres réfugiés.

Un peu plus loin sur la place Stalingrad, quelques tentes sont installées, une jeune réfugiée en demande d’autres et des couvertures car dit elle « nous avons froid la nuit ». Elle désigne un jeune garçon débraillé et explique qu’il n’a pas de vêtements. Une jeune femme solidaire des réfugiés leur distribue de l’eau, des chips et des gâteaux,  elle promet de revenir la semaine prochaine avec des vêtements. Ils la remercie de sourires chaleureux et de « Que Dieu te bénisse ». Sous la chaleur d’aôut certains ne quittent pas leurs doudounes qui serviront la nuit venue. Un morceau d’ailleurs en plein Paris où règnent l’injustice, la misère et le désespoir…

Fella Adimi

 

 

 

 

 

 

 

 

Muhammad Ali, une légende s’éteint

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Depuis plus de 24 heures, les journaux américains relayaient l’information selon laquelle celui qu’on surnommait The Greatest était hospitalisé pour des problèmes respiratoires, on apprenait rapidement le vendredi que le champion de boxe vivait ses dernières heures et que sa famille était appelée à son chevet, il est père de 9 enfants et une de ses filles, Laila, est boxeuse.

Vedette planétaire, il était connu dans le monde entier, même de ceux qui n’avaient jamais vu ses combats. Souffrant de la maladie de Parkinson depuis 30 ans, il apparaissait affaibli et cette image contrastait tellement avec celles sur le ring.  Au JO d’Atlanta en 1996, la planète est émue devant l’image de Muhammad Ali tremblant en allumant la flamme olympique.

Il est né Cassius Clay, en 1942 dans le Kentucky où sévit la ségrégation raciste.  C’est pour se venger d’un enfant qui lui a volé son vélo qu’il apprendra la boxe. Quelques années plus tard, à Rome, à 18 ans voilà le petit-fils d’esclave propulsé champion olympique poids lourd. Il déclarera avoir jeter cette médaille dans la rivière Ohio après qu’on ait refusé de le servir dans un restaurant reservé aux Blancs. Pure légende, Muhammad Ali l’avait simplement perdue…

Le 26 février 1964, au lendemain d’un match qui l’oppose à Sonny Liston, qui fera de lui un champion du monde, il déclare devenir Cassius X, en référence à Malcom X, et proche des Nation of Islam. Converti à l’islam, il optera pour Muhammad Ali. En 1967, il refuse de partir combattre dans les rangs de l’armée américaine au Vietnam pour des questions religieuses. Il expliquera : « Je n’ai rien contre les Vietcongs. Aucun Vietcong ne m’a traité de nègre… ». Il est condamné à 5 ans de prison et fait appel. Il sera libre mais ne pourra pas combattre jusqu’en 1971.

Cette année-là a lieu l’un des ses plus célèbres matchs : « le combat du siècle » au Madison Square Garden à New York, contre Joe Frazier. C’est la première défaite de sa carrière. Il se montrera insupportable à l’égard de son adversaire à qui il brandira un singe en plastique, il s’en excusera par la suite. Sur le ring, il prendra sa revanche sur Frazier en 1975 à Manille. Une année plus tôt, à Kinshasa, un autre grand combat, « The rumble in he jungle » (le combat dans la jungle), l’opposera  au champion du monde en titre, George Foreman. Muhammad Ali récupère son titre.

Il continuera de jouer jusqu’au début des années 1980 malgré les premiers signes de Parkison pour des raisons financières, The Greatest a mal géré sa fortune. Narcissique, il déclarait sans gêne : « It’s hard to be humble when you are as greater as I am » (C’est dur d’être humble quand on est aussi bon), « Je vole comme un papillon, je pique comme une abeille, je suis le plus grand ». Muhammad Ali, convaincu que « les gens humbles ne vont jamais très loin », était un provocateur. En 1984, à la sortie d’examens lui apprenant qu’il souffre bien de Parkinson, il déclarera : «C’est un jugement de Dieu. Il m’a donné cette maladie pour me rappeler que je ne suis pas le numéro 1. C’est lui».

Celui qui n’a pas toujours été adulé aux Etats-Unis est devenu une figure politique et contestaire, représentant des Noirs américains, qui ira faire des discours sur le racisme et le pacifisme dans des universités. A la fin de l’année 1990, à la veille de la guerre du Golfe, il rencontre Saddam Hussein et fait libérer 15 otages américains. Se baladant dans les rues de Los Angeles, en 1981, il sauve un homme de 21 ans du suicide alors que des policiers et psychologues n’étaient pas parvenus à le convaincre. «Sauver une vie est plus important pour moi que n’importe quelle ceinture» expliquera-t-il. Personnage haut en couleurs, il aura eu plusieurs vies, combattant hors normes, il aura resisté bien plus longtemps que ce que les neurologues lui avaient prédit.

Fella Adimi

 

 

 

 

 

 

Money Monster, quand la finance et les médias sont pris en otage

Lee Gates (George Clooney) est le présentateur vedette d’une émission sensationnaliste sur le monde de la finance intitulée Money Monster. Il commence son programme en se déhanchant vêtu de chapeaux extravagants avec des danseuses à ses côtés. Il parle de sujets sérieux mais l’habillage de son show en fait une émission de divertissement. Mais pour des milliers de personnes devant leur télévision, cet écran de vérité, il est « conseiller en investissement ».

Certains d’entre eux l’écoutent et se retrouvent impactés par des annonces que le showman n’a peut être pas vraiment étudiées. Mais Lee Gates ne se soucie pas autant des êtres postés devant leur écran noir que de l’audience. Jusqu’à sa rencontre avec Kyle Budwell qui va lui faire porter un gilet d’explosif et le sortir de cet état d’insouciance et d’abrutissement. Lee Gates va faire de l’info-spectacle malgré lui puisque l’homme qui est armé veut rester en direct.

C’est un téléspectateur de Money Monster mécontent qui a investi le plateau. La productrice, Patty (Julia Roberts), qui est démissionnaire, va gérer depuis la régie cette situation explosive. Contraints à la fois par les armes, par un téléspectateur et par une victime, Patty, Lee et certains membres de leur équipe vont faire du journalisme d’investigation.

Voilà le film dans lequel nous embarque Jodie Foster qui signe ici une critique réussie des médias et du monde de la finance. Ce (presque) huis clos se veut aussi une dénonciation du cynisme d’un système implacable avec « les petits » et indulgent avec « les grands » même lorsque ceux-ci s’avèrent être des fraudeurs sournois. Le téléspectateur appréciera l’humour et l’inversion des situations dans Money Monster, divertissement critique et jouissif.

Fella Adimi

 

 

 

Bienvenue dans l’enfer de Calais

Bienvenue à Calais, les raisons de la colère est un petit ouvrage de Marie-Françoise Colombani, journaliste à Elle et Damien Roudeau, reporter, il donne à voir un Calais tragique où le sort de milliers de personnes se joue dans une indifférence générale. Les bénéfices et les droits d’auteur de cet ouvrage (4.90 euros) sont reversés à l’association L’auberge des migrants. 

CALAISEn 2015, 1.5 million de réfugiés ont gagné le continent européen par la mer, 3735 ont péri ou disparu. La Méditerranée, cimetière du XXIè siècle. Vous avez survécu mais le parcours des horreurs n’est pas terminé. Il recommence. Bienvenue dans l’enfer de Calais, où des conditions inhumaines, dignes d’une autre époque attendent ces femmes, ces hommes, ces enfants. Aux portes de la Grande Bretagne qu’ils rêvent de rejoindre.

Ils sont partis à cause des terroristes de Daesh qui sont venus s’installer dans leurs villes, les spolier, les terroriser, les tuer, ils fuient aussi les bombardements de la coalition qui n’emportent pas que des terroristes et font des dommages collatéraux, c’est-à-dire des civils, ils fuient aussi leurs gouvernants, dictateurs sanguinaires qui n’hésitent pas à les pourchasser, les bombarder.

Les voilà en France où loin d’avoir trouver la paix, ils vont endurer d’autres souffrances, la misère, le dénuement le plus total. « Tant que des gens seront chez eux en danger de mort, ils partiront. Et nous en ferions autant. » nous disent les auteurs de cet ouvrage qui nous alertent sur cette catastrophe humanitaire : « refusons la honte d’abandonner ces désespérés ». Après avoir survécu à toutes ces horreurs, certains meurent électrocutés après être entrés dans l’Eurotunnel ou percutés sur l’autoroute par des poids lourds comme Sara, Erythréenne de 16 ans, qui après avoir effectué 11.000 kilomètres meurt à 30 kilomètres de son objectif.

Le récit est court, les dessins de Damien Roudeau sont magnifiques, il dresse les visagges de ces femmes, de ces hommes, de leurs ombres lorsqu’ils font la queue ou patientent d’être des barrières. Nous rencontrons le boulanger afghan au fourneau, des hommes les mains dans la poche et on se doute que ce n’était pas l’accueil auxquels ils s’attendaient.

Des croquis, Family Please No Tear Gas, Pas de gaz lacrymogène s’il vous plaît ou d’un policier qui prend par le col un réfugié, nous montrent qu’ils n’en ont pas fini de la violence. Elle est multiple dans cette zone de non-droit où « règne la loi de la jungle : racket, prostitution, violences, drogue, viols… ».

Marie Françoise Colombani nous rapporte les récits les uns plus insupportables que les autres, l’Erythréen qui n’a rien pu faire alors que son frère sombrait dans la Méditerranée. La maman syrienne qui a embarqué avec deux enfants et qui débarquera sans. C’est l’une des histoires les plus déchirantes du livre. Ou celle d’un enfant de 10 ans qui a perdu ces parents dans une bousculade en Egypte avant de monter dans un bateau.

Des pages émouvantes sont consacrés aux bénévoles, aux associations qui se démènent pour rendre le quotidien de ces réfugiés plus supportable et pour faire le travail de l’Etat. Un livre à lire absolument.

Fella Adimi