Si vous n’y avez pas encore été, vous avez encore jusqu’au 23 janvier pour aller voir aux Archives nationales, l’excellente exposition sur le fichage du Second Empire jusqu’aux années 60.
A la moitié du XIXème siècle des simples fiches de signalement décrivaient uniquement l’apparence. Elles vont peu à peu évoluer. En 1850, la préfecture de police va insérer dans ces fiches, une photographie. Le fichage n’est pas encore systématique, il ne concerne que les criminels et l’image n’est pas considérée comme un élément d’identification fiable. Mais voilà déjà l’ancêtre de notre actuelle carte d’identité.
C’est la répression de la Commune de Paris qui va généraliser l’utilisation de la photographie pour ficher les « criminels ». C’est un commis à la préfecture de police de Paris, Alphonse Bertillon qui va révolutionner le système d’identification. Avec lui, la fiche de signalement devient une fiche anthropométrique dans laquelle sont précisés neuf éléments du corps, tour de taille, tour de tête, taille des oreilles etc. Ils permettent de mieux appréhender les récidivistes qui parvenaient à échapper à la police en taillant leur barbe ou en rasant leur crâne.
Alors qu’en 1870 n’étaient répertoriés que les malfaiteurs, on peut voir, au fil de l’exposition, que le fichage s’adapte aux besoins de l’époque, avec la révolution bolchévique, l’intérêt se focalise sur les syndicalistes par exemple, ou pendant la Guerre d’Algérie, l’attention se porte sur des membres ou sympathisantes du Front de Libération Nationale (FLN). A travers les époques, ce système de fichage va être confronté à diverses critiques venant des hommes politiques, des journalistes ou de simples citoyens qui dénoncent son caractère liberticide.
A travers un parcours didactique, le visiteur a accès à des fiches en tout genre, il se retrouve devant un impressionnant -et effrayant- regroupement de fiches qui vont du sol au plafond, devant le mandat d’arrêt de Jules Joseph Bonnot de la bande à Bonnot ou encore face à d’immenses registres, les uns plus improbables que les autres, comme celui des courtisanes ou celui des images obscènes saisis à Paris par la Police des mœurs entre 1862 et 1865. On regarde avec effarement toutes les fiches sur les étrangers et les tampons « Juif » sur les fiches du régime de Vichy.
En 1960, le fichage touche toute la population. A l’aube de l’informatique, le système s’automatise et se perfectionne mais la plupart de ces fichiers ne sont pas communicables. Cette exposition fait réfléchir, elle inquiète, des gens qui ne soupçonnaient pas, une seconde, être fichés, l’étaient et on se demande bien quels types de fiches sont faites aujourd’hui.
Fella Adimi
«Fichés?» Photographie et identification du Second Empire aux années 1960. Archives Nationales – Hôtel de Soubise – jusqu’au 23 janvier 2012.


